Le courrier arrive sur votre bureau au printemps 2026. En-tête République française, signature ministère des PME. Le message : vous venez d’avoir 55 ans, c’est l’âge pivot, l’État vous invite à anticiper la transmission de votre entreprise.

La tentation est de poser l’enveloppe sur la pile « à traiter plus tard ». C’est exactement ce qu’il faut éviter. Le plan Objectif Reprises annoncé le 23 avril 2026 par le ministre Serge Papin a été détaillé dans notre article Objectif Reprises : ce que le plan Papin change pour les dirigeants qui veulent céder. Ce que peu de gens font : transformer le courrier en plan d’action structuré sur 90 jours. C’est l’objet de cette check-list.

Pourquoi 90 jours, pas plus

Une transmission réussie se prépare sur cinq à dix ans, c’est documenté. Mais les premiers 90 jours décident de la suite. Ils servent à trois choses :

  • Connaître la valeur réelle de l’entreprise. Pas une estimation au doigt mouillé : un chiffre étayé, comparable au marché, qui devient votre boussole.
  • Identifier les zones de risque que tout repreneur regardera en premier : dépendance dirigeant, concentration client, contrats clés, conformité sociale, propriété intellectuelle.
  • Fixer une fenêtre de signature cible en cohérence avec la fiscalité, votre âge et le cycle de l’entreprise.

Au-delà de 90 jours, on perd l’énergie du déclic. En deçà, on cède à l’urgence et on bâcle l’audit.

Mois 1 — Audit (30 jours)

L’objectif : un état des lieux honnête. Trois chantiers en parallèle.

Les chiffres. Trois bilans, le compte de résultat, les charges retraitées (rémunération dirigeant, loyers liés, charges non récurrentes). Pour un dirigeant de PME, le retraitement de l’EBITDA est l’enjeu numéro un : c’est lui qui détermine le multiple appliqué par les repreneurs. Notre guide complet de la cession d’entreprise en 2026 détaille les retraitements à faire.

L’organisation. Combien d’heures par semaine l’entreprise dépend-elle de vous personnellement ? Quels sont les contrats stratégiques signés en intuitu personae ? Quelle est la concentration top-3 clients en pourcentage du chiffre d’affaires ? Ces trois questions cernent à elles seules 80 % du risque perçu par un repreneur.

Le marché. Vos multiples sectoriels, vos comparables récents, l’état du financement repreneurs sur votre vertical. Cf. notre lecture du marché de la cession PME en France en 2026.

À l’issue du mois 1, vous devez avoir trois chiffres en tête : votre EBITDA retraité, votre fourchette de valorisation et votre dépendance dirigeant en heures.

Mois 2 — Optimisation (30 jours)

Ce que vous découvrez au mois 1 conditionne le mois 2.

Fiscalité personnelle. L’abattement 500 000 € de l’article 150-0 D ter est prorogé jusqu’au 31 décembre 2031, conditionné notamment à un départ effectif à la retraite dans une fenêtre de plus ou moins deux ans autour de la cession. Avec un PFU à 31,4 % en 2026, cet abattement représente environ 157 000 € d’économie sur une cession à 1 M€. Détails et conditions dans Abattement 500 000 € pour cession dirigeant retraite : ce qu’il faut savoir avant 2031.

Structuration. Un apport-cession à une holding contrôlée (article 150-0 B ter), un pacte Dutreil-transmission familial, une SCI pour sortir les murs, des baux à actualiser. Chacun de ces leviers a un délai de purge minimum. C’est pour ça qu’on ne les met pas en place trois mois avant le closing.

Points faibles VDD. Tout ce qu’un auditeur acquéreur va regarder : contrats clients à durée trop courte, dépendance fournisseur, dette technique, propriété des codes sources ou des bases de données, conformité RGPD, contentieux dormants. La logique : anticiper l’audit acquéreur, on en parle dans Vendor due diligence : vendre plus vite, plus cher.

À la fin du mois 2, vous avez une feuille de route fiscale et juridique avec des jalons datés.

Mois 3 — Cadrage stratégique (30 jours)

Le dernier mois sert à passer du diagnostic au plan exécutable.

Calendrier cible. Date de signature visée, conditions d’éligibilité fiscale, état attendu de l’entreprise au moment du process. Pour les dirigeants qui veulent capter l’abattement 500 000 €, la fenêtre se rétrécit : structurer en 2026, signer entre 2027 et 2030 reste confortable.

Repreneurs cibles. Industriel français, build-up sectoriel, fonds mid-market, repreneur indépendant ? Le profil cible dicte le mode de process (gré à gré ciblé vs marketplace large), donc le mandat et le mémo. Pour une PME de moins de 5 M€ d’EBITDA, mixer approche directe et plateformes spécialisées reste le pattern le plus efficace.

Mandataire et mémo. Sélection d’un cabinet de cession, négociation du contrat (retainer, success fee, durée, exclusivité, tail), rédaction du mémo de cession. C’est le livrable du mois 3.

Ce que la check-list 90 jours ne fait pas

Pour être clair : elle ne lance pas le process de cession et ne signe rien. Elle prépare. Le process commercial (sortie du mémo, qualification des repreneurs, NDA, LOI, due diligence, SPA) peut ensuite démarrer quand vous êtes prêt — souvent six à dix-huit mois plus tard, parfois plus.

Mais sans ces 90 jours, on enchaîne souvent les erreurs : valorisation inadaptée, mauvais profil de repreneur ciblé, fiscalité non optimisée, audit qui révèle des points faibles non traités. Conséquences classiques : décote, négociation tendue, deal qui s’éteint.

Et après ?

Si vous avez reçu le courrier de Bercy et que vous voulez cadrer ces 90 jours, obtenez une première estimation de votre entreprise sur Alvo — c’est gratuit et c’est le bon point de départ. Vous pouvez aussi en discuter avec notre équipe pour structurer votre plan personnel.

Le plan Papin a un mérite : il met la transmission sur la table de millions de dirigeants. Ce que vous en faites maintenant ne dépend que de vous.